Arslanbob est un village, un district, une vallée, une chaîne de montagnes, et une vaste forêt de noyers sauvages (Juglans regia) située dans la région de Jalal‑Abad au Kirghizistan. La première exportation connue du Kirghizistan vers l’Europe fut les noix d’Arslanbob. La région abrite deux cascades, qui attirent touristes, pèlerins et visiteurs au printemps et en été.
En 2021, la population d’Arslanbob était de 15 196 habitants.

Étymologie
Le nom « Arslanbob » rend hommage à une figure du XIᵉ siècle, Arslanbob‑Ata (aussi appelé Arstanbap‑Ata). Le suffixe « bob » est un terme traditionnel local signifiant « voyageur » ou « explorateur ».
Histoire
Selon la légende, Alexandre le Grand aurait pris des noix de la forêt d’Arslanbob, lesquelles auraient ensuite donné naissance à des vergers en Europe. C’est pourquoi en Russie, on appelle parfois la noix « noix grecque ». Toutefois, des recherches scientifiques estiment que les forêts de noyers autour d’Arslanbob ont environ 1 000 ans et étaient probablement cultivées. Une autre tradition locale affirme que la forêt fut plantée sous la direction d’Arstanbap, fondateur du village, décédé vers l’an 1120

Géographie
Arslanbob est accessible depuis Jalal‑Abad via Bazar‑Korgon. Kyzyl‑Unkur, situé à environ 15 kilomètres, est accessible par Ugon‑Talaa, dans la vallée de Kara‑Unkur.
La forêt de noyers couvre quelque 60 000 hectares entre les chaînes de montagne de Ferghana et Chatkal. Elle est située à une altitude de 1 500 à 2 000 mètres sur les pentes sud de la chaîne de Ferghana. La partie de la forêt propre à Arslanbob, la plus grande noyerie du monde, couvre environ 11 000 hectares.
Au-delà du village se dressent les montagnes Babash‑Ata. On trouve deux cascades : l’une de 80 mètres de haut, avec une pente de scree glissante au nord du village ; l’autre de 23 mètres à l’est, à laquelle sont associées deux grottes de prière, l’une étant appelée la « grotte des 40 anges ». À proximité se trouve la réserve forestière de Dashman, une autre forêt de noyers.

Flore
Les principales menaces pour la forêt comprennent le pâturage, la fenaison, la récolte des noix, la chasse, l’exploitation du bois de construction, la collecte de bois de feu, et le changement climatique, qui réduisent la capacité de régénération de la forêt.
En septembre 1995, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a organisé un atelier à Arslanbob pour discuter du « jardin botanique exceptionnel » que constitue la forêt‑fruitière de noyers dans les chaînes d’Arslanbob‑Kugart et Khoja‑Ata. Ces forêts couvraient autrefois environ 630 900 hectares, mais des décennies d’exploitation les ont considérablement réduites. On y trouve des espèces d’une grande valeur économique.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, Arslanbob est devenu le siège d’une station de recherche forestière expérimentale sous l’Institut des forêts de l’Académie des sciences soviétiques. Les recherches visaient à établir des vergers commerciaux de noyers, optimiser la production de fruits, de bois précieux, et d’autres produits forestiers. Les résultats furent positifs pour la culture du noyer et d’arbres fruitiers par des efforts de recherche et de collaboration.
On trouve aussi des variétés sauvages d’autres arbres fruitiers : pomme (Malus siversiana), poire (Pyrus korshinsky), prune (Prunus sogdiana), etc.

Des ratons laveurs ont été introduits dans la forêt d’Arslanbob. Ils occupent aujourd’hui environ 12 000 à 15 000 hectares dans le district occidental d’Achinsk de la région de Jalal‑Abad
Culture et légendes
Le tombeau d’Ibn Abbas, aujourd’hui en ruine, se trouve près de la forêt. Le mausolée du XVIᵉ siècle dédié à Arslanbob‑Ata est situé près du centre du village. Il est entouré d’une structure plus récente en briques blanchies, construite au XXᵉ siècle. L’entrée possède un cadre de porte en bois de noyer orné de cornes de bélier. À côté du mausolée se trouve une mosquée neuve avec un plafond remarquable. Arslanbob est aussi un centre de l’ordre soufi Volosatye Ishany et une branche de la tariqa Yasawiya.

Selon une légende, un disciple du Prophète Muhammad, en quête d’un lieu paradisiaque sur Terre, découvrit la vallée pittoresque, mais la trouva stérile. Il en avertit le Prophète, qui lui envoya des graines de divers arbres, dont des noyers, qu’il planta dans la vallée. Le disciple, Arslanbob, dispersa les graines depuis un sommet, et créa la forêt florissante qu’il cultiva. En raison de cette association avec le Prophète, le site est sacré pour les musulmans.
Une autre histoire locale raconte que l’épouse d’Arslanbob‑Ata le trahit, menant à sa mort. On dit aussi que des empreintes de ses mains et pieds, ainsi que des taches de sang, sont encore visibles dans la région.
Certains récits attribuent la propagation des noyers aux routes commerciales de la Route de la Soie, ou à Alexandre le Grand, qui aurait planté les premiers noyers à Arslanbob et emporté des sacs de noix comme paiement pour les passeurs de ses troupes

L’économie locale repose principalement sur les noix. Durant la saison de la récolte (un mois en septembre), les habitants d’Arslanbob et des villages voisins ramassent des noix. Ils louent pour cela des parcelles au Département forestier sur une base de cinq ans. En plus des noix, ils récoltent fruits et bois. Cette période est aussi importante pour les célébrations communautaires.
Les noix sont très prisées pour leur teneur en huile, protéines, antioxydants, et en acides gras oméga‑3. Historiquement, elles servaient au troc pour obtenir des services essentiels. Ce troc persiste encore parfois (paiement d’un instituteur, billet de bus, etc.).
On cultive aussi dans la région du maïs, des pommes de terre, des tournesols

Le tourisme est en pleine croissance à Arslanbob. Le trekking dans les collines et vallées environnantes est bien établi. Le ski est en train de se développer comme sport d’aventure près des chaînes de montagnes. Explorer la forêt de noyers lors d’une randonnée passant par le village et menant aux falaises rouges est également très prisé.

Les deux cascades attirent de nombreux visiteurs, souvent en quête de bénédictions, de pouvoirs magiques ou d’expériences spirituelles. Autour des cascades, on trouve des drapeaux de prière et des tissus porteurs de vœux, une tradition liée aux croyances locales. On dit qu’une femme sainte a visité l’une des cascades, ce qui augmente sa signification spirituelle.