Destination

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MERV

  • Coordonnées géographiques : 37,6644°N, 62,1747°E
  • Anciens noms : Merv (Nouveau Merv)
  • Altitude : 223 m
  • Région : Mary
  • Langue officielle : Turkmène
  • Population : 500 000 (2022)
  • Fuseau horaire : UTC+5
  • Indicatif téléphonique : +993 522
  • Codes postaux : 745400
  • Code d’immatriculation : MR

Merv : Un centre historique de l’Asie centrale

Merv (en turkmène : Merw, Мерв) fut autrefois une ville florissante située sur l’ancienne Route de la Soie et un important centre de la civilisation iranienne. Située près de l’actuelle Mary au Turkménistan, l’oasis de Merv a été habitée de façon continue depuis le 3e millénaire avant notre ère jusqu’au 18e siècle après J.-C. La ville passa entre les mains de nombreuses puissances, notamment les Achéménides, les souverains hellénistiques, les Parthes, les Sassanides, les Arabes, les Ghaznévides, les Seldjoukides, les Khwarezmiens et les Timourides.

Merv en tant que capitale politique et culturelle

Au cours de son histoire, Merv fut la capitale de plusieurs empires. Au début du 9e siècle, elle devint le siège du calife al-Ma'mun et la capitale du califat islamique. Elle servit ensuite de centre aux gouverneurs tahirides du Khorasan et, aux 11e et 12e siècles, fut la capitale du Grand Empire seldjoukide. Durant cette période, Merv s’imposa comme un foyer de la science, de la culture et de l’éducation islamiques. Des figures renommées comme le polymathe perse Omar Khayyam travaillèrent dans les observatoires de Merv. La ville comptait de nombreuses bibliothèques, la plus grande contenant 12 000 volumes au sein d’une mosquée. Le géographe al-Istakhri soulignait l’éducation et le talent des habitants de Merv, tandis que Yaqut al-Hamawi dénombrait jusqu’à dix bibliothèques importantes.

Carrefour religieux et culturel

Merv revêtait une importance religieuse pour plusieurs confessions. Dans le zoroastrisme, Merv (Mouru) était l’une des 16 terres parfaites créées par Ahura Mazda. Du 5e au 11e siècle, elle fut le siège d’une province métropolitaine syriaque orientale. La ville abrita également Ali ar-Ridha, le 8e imam du chiisme duodécimain, qui y vécut plusieurs années. Par ailleurs, Al-Muqanna, le « Prophète voilé », qui prétendait à un statut divin, initia son mouvement à Merv.

L’âge d’or de Merv et la destruction mongole

Aux 12e et 13e siècles, Merv atteignit son apogée avec une population estimée à 500 000 habitants, ce qui en faisait peut-être la plus grande ville du monde à cette époque. Connue sous le nom de Marw al-Shāhijān (« Grande Merv »), elle était souvent qualifiée de « capitale du monde islamique oriental ». Selon Yaqut al-Hamawi, ses impressionnants édifices étaient visibles à une journée de marche. Cependant, en 1221, la prospérité de Merv fut anéantie lorsque la ville ouvrit ses portes aux envahisseurs mongols, qui la dévastèrent. Les chroniques affirment que Tolui Khan fit massacrer 700 000 personnes, y compris des réfugiés. Bien que partiellement reconstruite après cette invasion, Merv ne retrouva jamais son prestige d’antan. En 1788–1789, Shah Murad de l’Émirat de Boukhara détruisit de nouveau la ville, marquant son déclin définitif. Au 19e siècle, la région autour de Merv fut désertée sous la pression russe.

Préservation en tant que site culturel

Aujourd’hui, le site ancien de Merv est protégé en tant que Parc historique et culturel d’État « Merv antique », créé en 1987. Il s’agit de l’une des villes oasis de la Route de la Soie les mieux conservées d’Asie centrale, présentant des ruines couvrant plus de deux millénaires d’histoire. En reconnaissance de son importance historique et culturelle, l’UNESCO a inscrit Merv au patrimoine mondial.

Aperçu Historique

Ère Préhistorique Les fouilles archéologiques ont révélé des traces d’occupation humaine à Merv remontant au 3e millénaire avant J.-C. La région est associée au Complexe Archéologique de Bactriane-Margiane. Le Zend-Avesta mentionne Merv (Mouru) comme l’une des terres parfaites créées par Ahura Mazda.

Période Achéménide

Sous l’Empire achéménide (vers 550–330 av. J.-C.), Merv était appelée Margu et servait de centre de la satrapie de Margiane, comme le mentionne l’inscription de Behistun de Darius le Grand. La ville fut probablement fondée sous le règne de Cyrus le Grand (559–530 av. J.-C.).

Ère Hellénistique

Bien qu’Alexandre le Grand soit censé avoir visité Merv, cela relève plutôt de la légende. Après sa mort en 323 av. J.-C., la ville fut temporairement renommée Alexandrie, puis intégra successivement les empires Séleucide, gréco-bactrien, parthe et sassanide. Antiochos Soter (281–261 av. J.-C.) reconstruisit la ville, la rebaptisa Antiochia Margiana et l’agrandit considérablement.

Périodes Parthe et Sassanide

Sous les Parthes puis les Sassanides, Merv continua de prospérer. À l’époque sassanide, la ville abritait diverses communautés religieuses : zoroastriens, bouddhistes, manichéens et chrétiens. Elle resta sous contrôle sassanide pendant près de quatre siècles avant la conquête arabe.

Conquête Arabe et Règne Abbasside

La conquête arabe mit fin à la domination sassanide et fit de Merv la capitale de la province omeyyade du Khorasan. Au 8e siècle, la ville devint une base essentielle pour l’expansion islamique en Asie centrale. En 748, le général iranien Abu Muslim lança depuis Merv la Révolution abbasside, marquant le renouveau politique et culturel de la cité. Merv demeura un centre majeur du pouvoir et de la culture abbasside. La famille influente des Barmakides, basée à Merv, joua un rôle clé dans la transmission du savoir grec au monde islamique. L’héritage de Merv comme carrefour du commerce, de la culture et de la religion est inégalé en Asie centrale, faisant de la ville un trésor pour historiens et archéologues.

Conquête Arabe et Influence Islamique à Merv

La chute de l’Empire sassanide marqua le début de la domination arabe sur Merv. Après la mort du dernier souverain sassanide Yazdegerd III (632–651) près de la ville, le gouverneur sassanide de Merv se rendit aux forces arabes. Des représentants du calife Umar s’emparèrent de la ville, qui devint la capitale de la province omeyyade du Khorasan. En 671, Ziyad ibn Abi Sufyan envoya 50 000 colons arabes à Merv, formant une colonie fidèle à Koufa et constituant le noyau du Khorasan. Entre 705 et 715, les forces arabes dirigées par Qutayba ibn Muslim utilisèrent Merv comme base pour soumettre les grandes villes d’Asie centrale, telles que Balkh, Boukhara et Fergana. Cela fit de Merv et du Khorasan l’une des premières régions de langue persane à devenir majoritairement musulmane. L’immigration arabe à Merv fut importante, créant une population diversifiée. Un captif chinois, Du Huan, qui visita le califat, remarqua la coexistence des communautés arabes et persanes dans la ville.

Merv et la Révolution Abbasside

Merv joua un rôle central durant la Révolution abbasside. En février 748, le général iranien Abou Mouslim proclama la dynastie abbasside à Merv, faisant de la ville la base de sa révolte contre les Omeyyades. Après la consolidation du pouvoir abbasside à Bagdad, Abou Mouslim gouverna Merv en tant que gouverneur semi-autonome jusqu’à son assassinat en 755. La ville resta un bastion de fidélité aux Abbassides tout au long de la révolution et au-delà. Le poste de gouverneur du Khorasan, basé à Merv, devint l’une des fonctions les plus influentes du califat. La famille des Barmécides (Barmakides), originaire de Merv, joua un rôle essentiel dans la transmission du savoir grec — préservé depuis l’époque des Séleucides et des Gréco-Bactriens — vers le monde islamique.

L’époque abbasside de Merv

Sous les Abbassides, Merv conserva son importance en tant que capitale du Khorasan. L’historien arabe al-Muqaddasi (945/946–991) décrivit Merv comme « délicieuse, raffinée, élégante, brillante, vaste et agréable ». Ses innovations architecturales influencèrent même la conception de Bagdad, la nouvelle capitale abbasside. Un autre historien, Ibn Hawqal, loua les palais, les jardins et les canaux de Merv, soulignant la sophistication urbaine de la cité. Merv était également célèbre pour la qualité de ses textiles. Au XIIe siècle, le géographe al-Idrisi mentionna la production de tissus en soie et coton doux et luxueux, en particulier le célèbre « coton de Merv ». Ces étoffes étaient très prisées dans tout le monde islamique — les turbans et robes de soie de Merv incarnaient l’élégance.

Importance culturelle et religieuse

Entre 813 et 818, le calife al-Ma’mun résida temporairement à Merv, en faisant de facto la capitale du monde musulman. La ville devint aussi un centre spirituel majeur. L’imam Ali al-Ridha, 8e imam du chiisme duodécimain, y vécut pendant plusieurs années. Elle fut également le berceau du mouvement néo-mazdakite au VIIIe siècle, dirigé par al-Muqanna, le « Prophète voilé », qui revendiquait un statut divin et attira un large public. Les Khurramiyya, influencés par ses enseignements, restèrent actifs à Merv jusqu’au XIIe siècle. Rivale de villes comme Samarcande et Boukhara, Merv s’imposa comme un centre de savoir islamique, formant de grands érudits dans les domaines du droit, du hadith, de l’histoire et de la littérature. Le célèbre historien Yaqut al-Hamawi (1179–1229) étudia dans les bibliothèques de Merv, riches de vastes collections de manuscrits. Le polymathe persan Omar Khayyam y travailla dans les observatoires de la ville. Le géographe al-Istakhri loua l’intelligence et l’éducation des habitants de Merv, tandis que Yaqut rapporta que la ville comptait au moins dix grandes bibliothèques, dont une au sein d’une mosquée contenant 12 000 volumes.

Transition vers la domination perse

Alors que le califat abbasside s’affaiblissait, Tahir ibn al-Husayn, un général perse, établit la dynastie des Tahirides à Merv en 821, marquant ainsi la fin de la domination arabe directe. Les Tahirides gouvernèrent Merv jusqu’en 873, avant d’être remplacés par une succession de dynasties perses, dont les Saffarides, les Samanides, puis les Ghaznévides. Le rôle durable de Merv en tant que centre politique, culturel et intellectuel souligne son importance historique en Asie centrale et dans le monde islamique.

Démographie

Le site antique de Merv se trouve près de la ville moderne de Baýramaly, dans la province de Mary au Turkménistan, à environ 27 km à l’est de la capitale provinciale, Mary. En 2009, la population de Baýramaly était estimée à 88 486 habitants, en forte hausse par rapport aux 43 824 recensés en 1989. Les habitants actuels de l’oasis de Merv sont majoritairement des Turkmènes de la tribu Teke, avec de petites communautés de Persans (ou Tadjiks). La région abrite également des minorités notables de Baloutches et de Brahuis.

Économie

Agriculture et irrigation L’oasis prospère grâce à un système de canaux complexe alimenté par le fleuve Murghab, qui irrigue des terres fertiles. Merv est depuis longtemps réputée pour sa productivité agricole, avec la culture de céréales telles que le blé, le millet et l’orge, mais aussi du riz, des melons et du coton. Des fouilles archéologiques datant du Ve siècle ont démontré que le coton constituait déjà une ressource économique importante à l’époque sassanide.

Soie et textiles

La production de soie a des racines anciennes à Merv, où l’élevage du ver à soie est pratiqué depuis longtemps. Les populations turkmènes de la région élèvent également les célèbres chevaux turkmènes (Akhal-Téké), ainsi que des chameaux, des moutons, des bovins, des ânes et des mulets. Elles sont aussi réputées pour leur orfèvrerie en argent et la fabrication d’armures de grande qualité. Une découverte remarquable, réalisée lors de fouilles dans les années 1990, fut celle d’un atelier de fabrication d’acier au creuset datant des IXe-Xe siècles, confirmant les écrits du savant islamique al-Kindi sur la production d’acier dans la région du Khorasan.

Géographie

Située dans le delta du fleuve Murghab, Merv se trouve à la limite sud du désert du Karakoum, à environ 370 km au nord d’Hérat et 450 km au sud de Khiva. L’oasis s’étend sur environ 4 900 km². La géographie locale est dominée par les fleuves Tejen et Murghab, qui prennent leur source dans l’Hindou Kouch et se perdent dans le désert du Karakoum. Cette situation stratégique fait de Merv un carrefour naturel entre l’Afghanistan et les basses terres d’Asie centrale, constituant un lien vital sur les routes commerciales reliant le nord-est de la Perse à Boukhara et Samarcande. Historiquement, Merv fut un centre névralgique de la Route de la Soie, où les marchands pouvaient échanger et refaire provision de chevaux ou de chameaux avant de poursuivre leur périple entre les grands centres commerciaux.

Climat

Merv bénéficie d’un climat désertique continental, caractérisé par des étés très chauds et des hivers froids. Les températures estivales peuvent atteindre les 45 °C, tandis que les minima hivernaux descendent jusqu’à -7 °C. Les précipitations annuelles sont faibles, ne dépassant rarement 125 mm, avec presque aucune pluie entre juin et octobre. Malgré la chaleur estivale extrême, les hivers restent relativement doux, et la neige y est rare et de courte durée. La température moyenne annuelle est d’environ 16 °C.

Villes jumelées

Merv est jumelée avec plusieurs villes à travers le monde, en reconnaissance de son importance historique et de ses liens culturels :
  • Alep, Syrie
  • Balkh, Afghanistan
  • Bagdad, Irak
  • Boukhara, Ouzbékistan
  • Damas, Syrie
  • Dubaï, Émirats arabes unis
  • Gaza, Palestine
  • Jérusalem, Israël
  • Karbala, Irak
  • Khujand, Tadjikistan
  • Kirkouk, Irak
  • Konye-Urgench, Turkménistan
  • Koweït, Koweït
  • Lahore, Pakistan
  • La Mecque, Arabie Saoudite
  • Médine, Arabie Saoudite
  • Nisa, Turkménistan
  • Neyshabur (Nishapur), Iran
  • Samarcande, Ouzbékistan